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Conception de la toxicomanie

La toxicomanie est une dépendance à une ou plusieurs substances qui s’installe après une période de consommation assidue. C’est un phénomène multidimensionnel qui peut prendre des formes très différentes d’un consommateur à l’autre. Habituellement progressive, elle s’accompagne de difficultés de fonctionnement dans une ou plusieurs sphères de la vie et d’une souffrance subjective. La consommation prend de plus en plus de place et est accompagnée d’un sentiment subjectif de perte de contrôle. Souvent, malgré son désir d’arrêter sa consommation, la personne en est incapable : la dépendance physique et psychologique créent un besoin irrésistible de consommer au détriment de la santé, du fonctionnement social ou des liens affectifs.

Au plan étiologique, la toxicomanie est multidéterminée et a de multiples conséquences. L’origine du trouble et de ses conséquences serait biopsychosociale.

Biologique

Il faut d’abord constater que la probabilité de développer un trouble lié à l’alcool est sept fois plus élevée chez la parenté au premier degré d’alcooliques, en comparaison à un groupe contrôle.2 Ce constat peut être expliqué par des facteurs environnementaux communs, mais il semble aussi indéniable que des facteurs génétiques, encore indéterminés, puissent expliquer ce phénomène. Les études d’adoption à la naissance révèlent que les fils d’alcooliques encourent un risque quatre fois supérieur de développer un trouble en lien avec l’alcool que les garçons de pères non alcooliques. En outre, des études de jumeaux rapportent une plus grande similarité des taux d’alcoolisme entre les jumeaux monozygotes qu’entre les jumeaux dizygotes.

Il semble qu’il y ait également un facteur de risque génétique dans le développement de la dépendance aux autres drogues ; pourtant peu d’études ont porté sur le sujet. Celles qui ont été conduites semblent indiquer que l’on ne peut pas simplement appliquer les modèles développés au sujet de l’alcool pour comprendre le développement d’une dépendance envers les drogues.

À l’autre extrémité du continuum, les conséquences biologiques de l’abus ou de la dépendance envers une substance sont multiples : dépendance physiologique et donc sevrage à l’arrêt, détérioration de divers organes, tels le foie, le système gastrique, voire le système nerveux central. La dépendance physiologique devient même à son tour une cause de la poursuite de la consommation, l’individu étant alors enchevêtré dans un cycle complexe de causes et de conséquences de sa consommation.

Psychologique

Plusieurs modèles psychologiques ont été mis de l’avant afin d’expliquer le développement de la dépendance envers une substance. On retrouve les modèles comportementaux tels que le conditionnement classique et le conditionnement opérant. Dans ce cas, le renforcement positif (par ex. : l’association entre une humeur désagréable et le bien-être causé par l’alcool) augmente la probabilité de répéter le comportement de consommation.6 Les modèles cognitifs comportementaux mettent l’accent sur les cognitions et les émotions comme prédécesseurs du comportement. La théorie de l’apprentissage social, c’est-à-dire les attentes, le sentiment d’autoefficacité, les attributions, y est particulièrement privilégiée pour expliquer les phénomènes intrapsychiques médiateurs du lien entre le stimuli et le comportement de consommation. Les modèles étiologiques d’inspiration psychodynamique, quoique recevant un appui moins important au sein de la communauté scientifique, permettent de comprendre la consommation comme un palliatif à un déficit intrapsychique, entre autres dans la régulation de conflits internes puissants.

De plus, il est important de mentionner qu’il existe des facteurs de risques associés à la personnalité ou aux différents troubles de l’axe I * présents chez l’individu, qui favorisent l’émergence d’un trouble lié à l’abus de substances psychoactives. On ne peut que nommer brièvement le lien maintes fois démontré entre la personnalité antisociale et l’abus de substances9 ou encore entre le syndrome post-traumatique et l’abus de drogues.

Au plan des conséquences, la consommation de substances psychotropes a des effets néfastes importants au niveau du fonctionnement psychologique. Il est largement connu que la consommation entraîne des symptômes, syndromes dépressifs 3 et anxieux.46 Des séquelles cognitives sont également fréquemment observées.

Sociale

Les composantes issues de l’environnement social ne sont pas sans conséquences sur le phénomène de la consommation. On y retrouve certainement des facteurs de risques associés au milieu familial où les comportements des uns et des autres peuvent stimuler ou inhiber la consommation. Il est également bien reconnu que les pairs ont une influence significative sur le choix de s’initier ou pas à la consommation de substances chez l’adolescent.

Il est important de mentionner la disponibilité des produits et leurs effets sur la probabilité de consommation des individus. En effet, il est bien connu qu’une augmentation de l’accessibilité d’une substance psychoactive ou des appareils de jeux de hasard et d’argent est associée à une augmentation des comportements de consommation et de jeu. À moyen terme, cette plus grande accessibilité est reliée à une augmentation des problématiques associées à la consommation de substances psychoactives et à la pratique des jeux de hasard et d’argent.

Au plan macroscopique, le rôle d’une culture particulière ou même le système de valeurs du quartier ou du voisinage peuvent devenir des facteurs de risque ou de protection dans le développement ou la résorption d’un comportement de consommation. Finalement, il importe de mentionner l’association entre un statut socioéconomique précaire et une probabilité accrue de recours aux substances psychoactives. Ce lien pourrait potentiellement s’expliquer par les composantes de la pauvreté, soit le manque d’emploi, la dépendance envers la sécurité sociale, la monoparentalité, l’abondance de substances psychoactives présentes dans le quartier.

Les effets nuisibles de la consommation de substances psychoactives sur le réseau social de l’individu sont multiples. Les problèmes rapportés par les membres de l’entourage sont nombreux. Les personnes les plus sévèrement dépendantes vont rapporter vivre un fort isolement accompagné d’une histoire de pertes relationnelles importantes et évolueront possiblement au sein d’un réseau incitant à la consommation.


Tiré de l’Offre de services des CRPAT, Fédération québécoise des centres de réadaptation pour personnes alcooliques et autres toxicomanes, 2004.

 
AVIS LÉGALRÉALISATION

MISE À JOUR LE 24 SEPTEMBRE 2008